Etre ou ne pas être, c’est encore la question.

Etes-vous belge ces derniers temps? Etes-vous Charlie? Etes-vous…quoi? Penchons nous un moment sur ce verbe être utilisé bien souvent, ces derniers temps… Et parlons un peu des niveaux de logique…

Les niveaux de logique sont un outil conceptuel permettant de caractériser une situation pour envisager son changement.

Au niveau le plus bas, on trouve des situations qui relèvent de l’environnement. Celles-ci peuvent trouver leur modification par l’action, deuxième niveau. Mais encore faut-il être en possibilité de le faire, c’est le troisième niveau. Celui des capacités, des compétences. Celle-ci se cultivent et s’autorisent en fonction de ses propres points de vue sur le monde, des valeurs que l’on a et de ses croyances. Remarquez que plus on monte dans les niveaux logiques et les moins descriptions sont pragmatiques… Vos valeurs et croyances dépendent, selon ce modèle, de votre identité. Celles-ci pourrait ainsi être recadrées si vous considérez qu’elles ne correspondent pas à ce que vous êtes. Avez-vous remarqué que nous atteignons des niveaux difficiles à faire évoluer ? Le dernier, celui supposément en possibilité de faire changer ce que l’on est, s celui de l’appartenance, de la place par rapport aux autres et au monde en général. Rien que ça ! ^_^ Il ne s’agit pas de questionner ici le bien-fondé de ce modèle formalisé par l’anthropologue Grégory Bateson et popularisé par Robert Dilts, PNLliste de renom. Les êtres humains sont toujours plus complexes que les théories qui les décrivent comme le dit elle-même la PNL… Si nous faisons mine de l’accepter alors apparait une grille de lecture intéressante d’une certaine propagande orientée vers l’identité…

 

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La plupart des slogans publicitaires visent des valeurs : le plaisir, la nature, la force, la santé, la liberté… Mais depuis quelques années des communications touchant le niveau du dessus, l’identité, ont émergé. De « Etes-vous une femme Barbara Gould ? », « Nous sommes tous américains » à « je suis Charlie » en passant par le fumeux jeux-tract-test-piège reçu dans notre boîte aux lettre« Etes vous FN ? » produits par la fameuse dynastie fasciste et sa cour.

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On les reconnaît à des formulations du type « Vous êtes… » et, plus souvent maintenant, « Je suis… » généralement suivies non pas d’un adjectif très clair mais d’un énoncé flou et non spécifique. Que signifie « Etre FN », «Etre Charlie » ou « Etre une femme Barbara Gould »  ?

Des questions qui auront autant de réponses que de répondants… Mais le déshonneur principal du procédé et qu’il permet d’influencer les valeurs des gens (ou, au minimum, d’éluder la question) en favorisant leur assimilation avec l’identité perçue, l’image de marque, du produit.

Alors que :

1) L’identité est une chose très stable.

C’est le point faible de la manœuvre. Elle est encore moins gagnée d’avance que d’autres mais quand elle est gagnée, elle l’est vraiment. Songez à l’impact que cela a sur leur vie pour ce qui « sont devenus Un en Christ». Songez à ce que vous considérez vous-même comme étant une part de votre identité ( Peut être, être-vous Corse ? Communiste ? Prof ? Les trois à la fois ?) Et de l’importance que cela a sur votre fonctionnement. L’identité peut relever de bien des ressorts mais à généralement quelque chose de puissant y compris pour votre entourage. Le coming-out des homosexuel-le-s en est une illustration. Ce qui est arrivé à l’enfant qui avaient osé affirmer qu’il n’était pas Charlie en janvier 2015 en est une autre.

2) L’image d’un produit ne correspond que rarement à ce qu’il est.

Agissant ainsi, on touche les dividendes de tout le travail de communication/persuasion amont. Le cas du FN a été expliqué de nombreuses fois et on pourrait ainsi se rappeler de tous ces nouveaux abonnés de circonstances qui découvrirent au numéro suivant que Charlie Hebdo, « qu’ils étaient » depuis un mois, était, lui, satirique, sans gêne et volontiers vulgaire. Malaise de la perception du décalage…

Au final, jouer le jeu du « êtes-vous » c’est un peu jouer à l’apprenti sorcier car il est impossible de savoir ce qu’il va en ressortir, ni combien de temps cela va durer. (Se rappeler la solitude de Johnny Hallyday sur la place de la République, un an après les millions de Charlies pour la commémoration. ) Un peu comme dans bon nombre d’entreprises de relations publiques, l’antidote est le même : Le doute et les questions… Qui parle ? Que cherchent-il ou elle à faire ou à transmettre ? Dans quel but ? Quelles que soient les émotions du moment, je surveille ce que l’on cherche à me faire devenir car j’aurais tendance à suivre…ce que je suis ! Attention à la marche…

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