Analyse d’image : « J’aime ma b(o)ite. »?

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Si vous ne connaissez pas « J’aime ma boîte », vous ne perdez pas grand chose. Si vous avez de la curiosité et du temps pour ça, lisez l’article précédent sur l’origine et les aboutissants de cette calamité.

On se limitera dans cet article à l’analyse du visuel de la campagne de communication.

Alors que voit-on…?

On voit d’abord une composition graphique réalisée un peu à la tronçonneuse de détourages-copier-coller, à partir d’image de stock. CE n’est pas un shooting réalisé expressément pour la campagne. Le visuel est relativement bas de gamme, étonnamment, au regard de la liste et de la nature des sponsors de la campagne figurant en bas. Sa réalisation laisse à désirer côté finitions et c’est souvent l’indicateur d’une bonne récolte sur le plan de la vacherie du message véhiculé…

Du point de vue des couleurs et de leur symbolique.

Du bleu, beaucoup, beaucoup : Liberté, masculinité, entreprise, couleur attribuée à la droite en France, dans le code la route, le bleu autorise.

Du rose, un peu : Sentiment, couleur connotée PS mais aussi féminité.

Ce choix de couleur, c’est l’équivalent du « et en même temps » Macronien. Très bleu et en même temps un peu rose mais très bleu.

Et avec ça, du blanc : Neutralité, clarté, innocence, visibilité sans être tape à l’oeil comme le serait le jaune (La campagne de Macron était rose, bleu, jaune, et très vifs!)

On revient sur le noir et le gris des vêtements, juste après.

Le décor

Plutôt maigre… Des spotlights en perspectives, donnent l’impression d’espace. Il y a probablement la recherche de confusion entre « la boîte » entreprise et « la boîte » de nuit.

Les personnages.

4 personnage. Ils ont l’air d’être à un niveau d’amusement élevé. Une impression étrange vient du fait qu’ils semblent être seul-e-s dans une salle immense. On dirait un début de soirée en boîte de nuit vide avec des personnage qui ont des comportements de fin de soirée (Cravate autour de la tête???). #Malaise…

De plus, ils sont ensemble sans l’être. Pas d’échange de regard ou de geste de connivence entre eux. Ce sont des individualités qui se retrouvent sans la même action mais il n’y a pas de collectif.

Il y a 3 hommes pour une femme. Pour la parité, on repassera. Si on s’intéresse aux vêtements, c’est pire. Les hommes sont en costume, chemise, cravate, lunettes. Costumes noirs évidemment, couleur du pouvoir et du sérieux. La femme n’est pas sexualisée mais est en habits beaucoup plus quotidiens, un pull léger gris, gris couleur médiane, de discrétion. Les hommes nous regardent droit dans les yeux, elle détourne le regard. En sous-nombre, avec un regard évitant de fait, dans un habit de discrétion, la vision des femmes dans l’entreprise portée par cette affiche plaide nettement pour l’inégalité : Les hommes et la femmes ne sont pas au même rang. C’est peut-être à l’image de la réalité mais c’est aussi une occasion manquée de « faire bouger » des lignes.

Par ailleurs, aucun de ces personnages ne semble en tenue d’ouvrier métallurgiste, d’agriculteur ou d’aide soignant. Si ces gens sont en tenue de travail, on peut plutôt les imaginer comme étant du personnel d’encadrement ou des commerciaux. Imaginer que ces personnages sont le patron en arrière plan, un senior manager, un junior manager à lunette de soleil et leur assistante parait réaliste. La vision de l’entreprise qu’ont les promoteur de cette campagne exclue nettement les gens de la base et les travailleurs manuels. 6 000 000 de personnes en France au bas mot.

Le slogan

« Fais bouger ta boîte! »  invite à prendre des initiatives mais l’image vient rappeler l’ordre des choses : Mettre sa cravate sur la tête pourquoi pas mais, avant tout, on est en costume. Le décalage oui, le changement, non. Il ne s’agirait pas d’inciter à la grêve… Pourtant pour faire bouger une boîte… la grève, ça peut marcher plus efficacement qu’un apéro Perrier-Jus d’orange…

Ce slogan est aussi une présupposition, celle que le lecteur a une boîte (pour pouvoir la faire bouger.). Exit les chômeurs et RSAstres. Si l’emploi est pour toi un mode de réalisation et que tu en es exclu, ce sloggan est un rappel à ton impossibilité de faire quelque chose. Merci de te cacher pour mourir.

« Ta boîte », « Ta », c’est la tienne, pas celle d’un patron ou d’actionnaires. Implique les salariés en jouant sur le sentiment d’avoir en main le destin de l’entreprise. Gomme le rapport de force possible entre les salariés et les patrons. ça dit « Tous dans le même bateau! » Et après les gens de gauches sont taxés d’utopisme…

En résumé

Une publicité très orientée vers des gens très conformes mais cherchant à ratisser un peu vers des progressistes sociaux. Qui porte une vision de la répartition des pouvoirs nettement en faveur des hommes. Et qui propose d’exclure du champs de l’entreprise, ou en tout cas de l’imaginaire qui lui est relié, les ouvrier-e-s, les chômeurs-ses. Une invitation à prendre une 2e fois du pétillant (« Oulala, Monsieur Brochard, je crois bien que vais être pompette.)  mais pas 3 (« Oulala, Monsieur Brochard, je crois bien qu’on va vous séquestrer. ») Plein de raisons de pas aimer « J’aime ma boîte. »

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